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La réthorique d’Aristote

août 17, 2006

Je frime hein. Le nom était appétissant et les perspectives de manipulations ne me repoussaient guères. J’ai donc lu dans des lieux publics et de façon ostentatoire ce bouquin que je ne recommande pas trop.

Panorama rapide.

La rhétorique est, selon le vieux grec, « la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader ». Inutile de dire que cette faculté devait prendre toute son importance dans la Grèce antique berceau de la démocratie. Le bon orateur à l’époque ça devait être un genre de superman. Il pouvait, comme dans Gladiator, séduire la foule pour accéder aux sommets mais il pouvait aussi, comme Ally Mc Beal, se sortir des situations juridiques les plus délicates.

The question is : Comment convaincre ? Le langage alambiqué et le vocabulaire de l’entogé masquent la banalité de son propos. Il balance des coups d’ethos, de pathos et de logos…quand il traduit ça donne : « Les preuves administrées par le moyen du discours sont de trois espèces : les premières consistent dans le caractère de l’orateur ; les secondes, dans les dispositions où l’on met l’auditeur ; les troisièmes dans le discours même, parce qu’il démontre ou paraît démontrer. » (Aristote, Rhétorique I, 1356 a, [1932], page 76, Les Belles Lettres).

Si le vénérable créateur du Lycée avait été pilier au café du commerce il se serait exprimé en ces termes : « Ben tu vois, pour qu’les gens y t’écoutent et qu’y t’croivent….t’as pas quinze milles solutions. T’as d’ja les gens qui en jettent, t’sais les gens qui utilisent des mots compliqués, qui z’ont des titres, qui sont grands … Tu vois c’est un peu comme quand Marcel parle de Pastis. Tu remets pas en cause squi dit. Une bouteille par jour depuis ses quinze ans y sait de quoi y parle le Marcel.

Ben sinon tu peux aussi les faire chialer les gens ou leur foutre la trouille… Les gens y parlent pas pareil avec leurs trippes qu’avec leur tête. T’sais quand le José il a été chez les flics parce qu’il avait un peu tapé la Thérèse, il lui ont foutu une telle pression, la lumière dans la gueule et tout, il était prêt à leur n’importe quelle connerie tellement il se faisait dessus.

Pis ben, faut dire, ske dit le gars ca compte vachement aussi. Parce que tout le monde est pas con. Si on te dit des trucs qui tiennent pas debout ça va pas. Regarde le maire, quand il nous a parlé du budget, il nous a donné des chiffres. Il a expliqué que l’école se casserait la gueule si on faisait pas les travaux. Ben la yapas à chier. »

Comme Aristote était un brave type, il se disait qu’il ne fallait pas manipuler les gens tout le temps. Il fallait que la loi prime, parce que la loi c’est juste, c’est l’expression de la démocratie…tandis qu’un jugement c’est que l’expression d’une poignée de bonshommes. La rhétorique était donc à réservée aux cas dans lesquelles la loi ne prévoyait rien et ses situations devaient être réduites aux maximum

.

« Des lois bien faites doivent, à la vérité, déterminer elles-mêmes autant de cas qu’il se peut, en laisser le moins possible à la décision des juges, d’abord parce qu’un ou quelques hommes de saine intelligence et aptes à légiférer ou juger sont plus faciles à trouver qu’un grand nombre ; ensuite parce que les lois ne se font qu’après un long examen, tandis que les jugements se prononcent séance tenante ; aussi est-il difficile que ceux qui sont appelés à juger décident comme il faudrait du juste et de l’utile. Mais de toutes les raisons la plus importante est que le jugement du législateur ne porte pas sur le particulier, mais sur le futur et le général, tandis que le membre de l’assemblée et le juge ont à prononcer immédiatement sur des cas actuels et déterminés. Dans leur appréciation interviennent souvent amitié, haine, intérêt personnel ; aussi ne sont-ils plus en état de se faire une idée adéquate de la vérité et leur jugement est-il obnubilé par un sentiment égoïste de plaisir ou de peine. » (Aristote, Rhétorique I, 1354a- 1354b, [1932], pages 72-73, Les Belles Lettres)

Mon verdict sur ce « chef d’œuvre ». Je suis sans doute passé à côté de beaucoup de choses parce que je n’ai pas le background nécessaire mais j’ai la grossière impression que c’est soit un ramassis de lieux communs, soit des affirmations basées sur une perception du monde complètement obsolète. Il s’agissait sans doute d’un monument à l’époque et il doit sans doute être lu en tant que tel mais l’intérêt pour le manipulateur du XXIeme siecle est restreint. Je conseillerai plutôt à ce dernier ‘le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens’

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