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Inné, Acquis, Voisinage, Boulaouane, Chablis et Tisane Ricola

mai 29, 2007

Après une journée de travail acharné pour que les vieux puisse vivre malgré leur inutilité patente, la soirée d’hier semblait vouée à la glorification de la part la plus végétative de mon être. Un épisode de Desperate Housewives était téléchargé et je m’apprêtais à m’infliger cette récompense dûment méritée. C’est avec cette joyeuse perspective d’une légumification totale de 45′ que je m’orientais vers la cuisine au son du dernier album de Low. Alors que je me lançais dans la confection d’une pizza home made qui ferait demander un asile politique aux frères Mario que l’on toque puis rentre chez moi sans plus d’ambages.

L’ingérente est une voisine qui se doit de terminer un mémoire. Comme chacun le sait l’Homme est si étrangement fait que c’est toujours alors qu’il doit travailler qu’il ressent des besoins imminents de {faire le ménage, cuisiner un repas qui demande une longue préparation, appeler ses parents- grands parents-frères-soeurs, rendre une clé usb dérobée en des temps immémoriaux, s’inviter pour l’apéro chez le voisin étudiant à perpétuité et donc toujours disponible pour se jeter un verre}. La voisine au caractère fourbe opta pour une subtile combinaison des deux dernières possibilités.

J’en profite pour souligner une étrange proximité trop souvent mésestimée entre les voisins et les vermines. Outre un « v » introductifs ces deux formes de parasitent partagent une propension à se démultiplier à une vitesse avoisinant celle de la lumière. C’est donc non sans grande surprise que je vois leur nombre se multiplier par trois lorsque la table apéritive fut dressée.

Après que deux heures se soient écoulées à meubler le vide l’un d’eux à recours à une technique très éprouvée par l’espèce « voisin » connue sous le doux nom de « Hmm-j-ai-faim-et-je-sais-pas-ce-que-je-vais-manger-ce-soir ». C’est non sans une certaine hésitation que je saisis mon courage à deux mains et lance « Vous voulez manger ici? ». Non, il ne faut pas que j’éclaire de la gloriole du courage cet acte simplement irréfléchi. En réalité je ne sais quel étrange réflexe me fit proférer cette énormité qui ruinait ma soirée en tête à tête avec le fleuron de la culture américaine. C’est comme si le mécanisme d’un étrange conditionnement, sans doute imputable à mes cordiaux parents, s’étaient enclenché malgré moi. Je regrettais chaque son qui sortait de ma bouche au moment même où il se formait, chaque syllabe était plus douloureuse que celle qui l’avait précédée, chaque mot s’arrachait à moi comme l’on retirerait Jesus de la croix sans avoir enlevé, au préalable, les clous rouillés qui le retenait aux planches de bois. Pour regretté qu’ils sont, les mots sont lancés et mon éducation de gentilhomme m’interdit toute rétractation. Je suis fait, je vais devoir nourrir ces rats de ma sueur et faire boire mon vin à ces cafards.

C’est alors qu’ils festoient et font table rase d’un repas qui m’aurait permis de vivre une semaine que commencent les grands débats. Les Grands Débats devrais je dire, ceux là même que l’on ne peut avoir qu’en comité restreint autour d’une table suffisament dotée de bouteille. Tout y passe, « la religion », « le grand amour », « le sens de la vie », « l’inanité de l’existence », « la liberté »…

C’est alors que nous dérivions sur les flots tumultueux de ce dernier thème que s’insinue la question du déterminisme et de la capacité de tout un chacun de refuser de se faire définir par l’Autre. En amateur de Sartre je soutiens que « l’on devient ce que l’on veut » épousant le fameux « l’existence précède l’essence » du grand Jean-Paul. Alors que je m’attendais à générer un certain consensus, je m’étonne de voir que seulement la moitié des convives m’appuient alors que la seconde moitié pense que la personnalité est partiellement innée.

Ce constat me conduit à réaliser qu’en bon humain toujours avide de s’accrocher à quelques certitudes je ne lis depuis quelques temps que des textes s’inscrivant dans un même courant et qui ne font que flatter et conforter mes opinions, les érigeants en quasi vérités. (Ouuuuuh, c’est maaaaal ! )

Tout ce qui précède n’était qu’une longue et fastidieuse introduction pour insérer une expérience surprenante la distinction « inné/acquis ».

Comment distinguer la part innée d’un comportement de la part acquise?
Prenons un comportement relativement complexe: la nidification (aménager son intérieur, en quelque sorte, voire le construire).
On fit une expérience sur le tisserin à capuchon (Ploceus cucullatus) ou tisserin africain, un petit oiseau dont les techniques de construction de nid sont particulièrement complexes. Cet oiseau construit un nid en forme de bourse, en fibres végétales tissées de manière élaborée, attaché par un lien noué de façon particulière.
On prit des oeufs de tisserins et on les fit couver par des canaris. Les jeunes ainsi élevés étaient privés de tous moyens de construire leur propre nid et furent placés dans des nids préfabriqués. L’expérience se poursuivit durant 4 générations.
La dernière génération fut replacée dans son milieu naturel. Et à l’époque de la nidation, les jeunes construisirent un nid typique de tisserin, sans jamais avoir pu développer cette compétence par l’apprentissage ou l’imitation auprès des parents. Cependant, on pu constater que ses oiseaux étaient moins habiles que des tisserins témoins, plus lents, moins soigneux, mais leur travail s’améliora par l’expérience, sans toutefois jamais atteindre l’habileté des tisserins élevés par leur parents.
Ce que nous apprend cette expérience:
• Le comportement de nidification de ces oiseaux est inné, car ne nécessitant aucun apprentissage.
• La forme et les matériaux choisis pour construire le nid sont également innés.
• Par contre, l’habileté à la construction dépend partiellement de l’apprentissage et de l’expérience, c’est une aptitude en partie acquise.
En général, tous les oiseaux ont une aptitude d’adaptation des modalités de construction du nid traditionnel comme, par exemple, en fonction des modification du milieu (variation des matériaux). Si la nidification est un comportement à forte composante innée, il reste une possibilité d’adaptation par l’apprentissage et l’expérience.
A travers cet exemple, nous venons de voir de quelle manière, expérimentalement, on peut distinguer la part acquise de la part innée dans un comportement. En règle générale, il suffit d’isoler un ou plusieurs jeunes de tout représentant adulte de son espèce (ce qui élimine, de fait, toute possibilité d’apprentissage, que ce soit par imitation ou par éducation parentale) et d’observer dans quelle mesure les sujets peuvent ou non reproduire le comportement étudié.
Il est également intéressant de souligner, qu’en règle générale, la plupart des comportements innés sont améliorables par l’apprentissage et/ou l’expérience.

Source www.ethologie.info/

J’avoue que j’avais complètement sous estimé le pouvoir de l’inné que je limitais à certaines réactions primitives telles la fuite face à la douleur, face au bruit ou face à une lumière aveuglante.

C’est alors que je me disais qu’il était sans doute temps que je change mes lectures que le texte suivant m’est tombé sous les yeux

Le vrai problème n’est pas de savoir si un caractère, une manière de penser, est innée ou acquise (=problème du moment d’acquisition ou de l’origine génétique) car :
1) un caractère acquis peut être nécessaire et fondamental
2) un caractère inné peut être arbitraire et remplaçable voire peut être supprimé

Source : Jesaisplus

Il apparaît en effet que l’on peut croire en l’inné sans que celui-ci ne revête pour autant un caractère réducteur du libre arbitre… La question est évidemment vaste mais j’aime à croire que l’on n’est pas complètement englué dans des caractéristiques innées et qu’à travers l’effort on peut, dans une certaine mesure, se modeler selon ses désirs.

NB: Lorsque je traite mes voisins de vermine ce n’est que parce qu’il est plus facile et drôle d’écrire en misanthrope. Dans les faits ce sont de très chouettes gens dont je ne cesse de louer la proximité géographique, quant à la soirée au cours de laquelle nous sacrifiâmes une bouteille de Boulaoune, une bouteille de Chablis et de la tisane Ricolas, elle peut se synthétiser sous l’expression « c’était le pied » ou « j’ai kiffé grave » selon votre âge et/ou votre CSP.

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2 commentaires leave one →
  1. TheAbyss permalink
    juin 24, 2007 4:14

    Je me permets juste de préciser que si on retire Jesus de la croix, théoriquement les clous ne sont pas rouillés (eh oui le chieur), sauf si les Romains sont assez sadiques pour mettre des trucs bien abrasifs dans sa chair (d’après Mel il le sont).

  2. TheAbyss permalink
    juin 24, 2007 4:30

    plus sérieusement je viens de tout lire et c’est très intéressant, ça rejoins un peu mes idées sur la bestialité de l’homme. Il est d’ailleurs très facile d’affirmer que c’est plus l’acquis et non l’inné qui modèle l’homme, puisqu’un enfant d’aristos élevé par des singes aura des comportements totalement animaux et ne saura pas communiquer par le langage, n’émettra probablement même pas de sonorités humaines. Je crois que pour toutes les espèces, le milieu les modèle et elles le modèlent, c’est un impact réciproque. Enfin bref 😀

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