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Merde à la démocratie d’opinion

septembre 10, 2007

Quand une figure de la psychologie sociale française écrit sur la « démocratie » telle qu’elle est pratiquée ça donne cet article trés pédagogique de Jean Léon Beauvois

9 commentaires leave one →
  1. Marc permalink
    septembre 11, 2007 8:40

    Génie de grosse mâchoire. J’ai vraiment beaucoup aimé.

    Néanmoins, la fin de l’article me laisse grandement sur ma faim. Un raisonnement exclusivement basé sur « l’influence inconsciente » des média et les « chemins de stockage privilégié de l’information » ne me parait pas refléter exactement la réalité.

    En effet, il me semble que cela omet la connivence qui existe entre le monde politique et le monde des média. Or, dans le processus de création – ou plutôt « d’émergence maïeutique » – de l’opinion, cette connivence me parait jouer le rôle de filtre. Car, enfin, il existe, dans la presse accessible « de fait » (j’entends par là sans l’effort d’ouvrir lemonde.fr ou d’acheter un truc en papier), quantité d’informations qui portent en elles les germes d’un débat public. Seulement, l’espace médiatique disponible empêche d’en faire des blockbusters.
    Ce que je veux dire, c’est que l’article abonde dans le sens d’une opinion passive, absorbée par les éponges que sont les téléspectateurs, et recrachée dès lors qu’un démagogue a besoin d’une vaisselle politique. En soi, ce processus me semble fondé, mais ce qui me gêne, c’est l’ellipse qui est faite sur la façon dont l’information est triée, exaltée et portée en qualité de « mouvement d’opinion ».

    Par exemple, ces derniers mois, qu’est-ce qui a fait que la génération myspace a subitement délaissé Cansei de Ser Sexy au profit de Justice ? Peut-on y voir une montée en puissance de la mode des slims ? Oui ! Sans doute.
    Mais qui a fait de la mode du slim un champ d’analyse et de distinction de préférence ? La connivence qui existe entre les créateurs de mode et leur relais médiatique. Pas Jean-Charles, étudiant en lettres à Versailles et qui croit que les Strokes ont inventé le rock.

    Voilà, je suis peut être pas clair, j’ai même sans doute tort, mais c’est ma conviction (mouhahaha).

    Ce texte est vraiment bien, je vais jeter un oeil aux autres choses du site.

    Ah oui et sinon, « donner des verges pour se faire battre » c’est quand même être une sacrée salope SM.

    Bisous !
    M.

  2. Jeanfou permalink
    septembre 11, 2007 9:01

    Si j’ai tout bien compris tu reproches à l’article de se concentrer sur la dimension interne du traitement de l’information et d’omettre de parler des mécanismes qui participent au filtrage de l’information qui sera médiatisée.
    C’est vrai! Mais bon le bonhomme c’est un psychologue social…donc c’est point trop sa branche.
    PAR CONTRE, il semblerait qu’il y ait un bon bouquin de Chomsky à ce sujet qui s’appelle Manufacturing Content.

  3. Jeanfou permalink
    septembre 11, 2007 9:02

    et content que ça t’ai plus! JL Beauvois c’est un peu The Man.

  4. Marc permalink
    septembre 11, 2007 9:43

    Oui, c’est à peu près ça.

    Je crois surtout que le problème vient du fait qu’il se contente d’analyser les média comme des prestataires de service, dont le but est de transférer l’information d’une source (l’événement) à un destinataire (toi, moi, nous, le monde, wouhou).
    Or, les média sont des entreprises, ce qui signifie qu’ils ont pour but de réaliser un maximum de profit à travers ce transfert (même si je sais qu’il existe des mécanismes d’aide financière). Du coup, le « filtre » d’information qui va « conditionner » (oui c’est limite Pavlov meets le constructivisme, je sais) l’éponge est de fait biaisé par une logique de rentabilité indépendante d’une logique de transmission de l’information « la plus à-même de garantir la meilleure information du citoyen au sein d’une démocratie égalitaire ».

    Ce que je veux dire c’est que c’est pas le rôle des média de nous informer, c’est le moyen qu’ils ont de générer du profit.
    A partir de là, le biais d’information ne se situe plus seulement dans la logique d’intégration par le récepteur mais aussi (et surtout, puisque ça conditionne tout le reste) dans la logique de sélection de l’information par l’émetteur.
    En l’occurrence, cette logique d’émission peut s’avérer incompatible avec « l’Intérêt Général » (car si j’ai bien compris, c’est de ça qu’il s’agit, au fond, comment l’intérêt particulier exacerbé par des décennies de consumérisme génère des comportements de masse qui contrarient l’idée d’un intérêt plus grand que la somme des intérêts individuels ; et qui donc aboutit à la démagogie dès lors que le principe électoral veut qu’on plaise à la majorité).

    Donc, finalement, s’il veut vraiment s’inscrire dans une logique durkheimienne de « tout supérieur à l’ensemble des parties », j’ai le sentiment qu’il serait plus avisé de traiter de la sélection de la formation émise, plutôt que du stockage et de la restitution de l’information reçue.

    🙂

  5. Jeanfou permalink
    septembre 11, 2007 9:56

    C’est amusant que tu parles de « filtres » parce que c’est une expressions que Chomsky utilise dans son bouquin.

    Oui les médias sont soumis au principe de rentabilité ce qui les conduit à
    – Confirmer les opinions deleurs lecteurs parce qu’on adore voir ses opinions confirmées par « des experts ». C’est le même principe que la démocratie d’opinion mais à moindre échelle. Verra t’on le Figaro soutenir une initiative de gauche? Verra t’on le Nouvel Obs’ ne pas tenir un discours « classe moyenne + » de gauche? Idem pour Télérama, le Point et consort…Tous ces magazines qui ont une cible assez homogène en terme d’opinion.
    – Faire des reportages sexy parce que c’est ce que veulent les gens, et pas seulement les acheteurs de Voici…A titre d’illustration, j’ai reçu un numéro promotionnel de Courrier International (revue « sérieuse » s’il en est). Couverture, pleine page, une feuille de cannabis avec un titre du type « Est ce vraiment une drogue douce? »…

    Donc oui, la privatisation des médias c’est craignos…Nationalisons les! Comme à la grande époque de l’ORTF, ce sera tellement mieux 🙂

  6. Marc permalink
    septembre 11, 2007 10:30

    Tu me fais dire ce que je n’ai pas dit !

    « La voix de son maître » n’est pas une alternative que je privilégierais.
    Mais il ne s’agissait pas de critiquer les média, mais bien le propos du monsieur, que je persiste à trouver, néanmoins, pertinent et accrocheur.

    Et finalement, il se prend à son propre piège… (Facile, facile).

  7. Poncho permalink
    septembre 12, 2007 9:51

    oui, cet article est fort intéressant. merci beaucoup de nous en avoir fait profiter. (je réagis sur cet article mais je pourrais le faire aussi sur les autres …)

    pour m’immiscer dans votre débat avec marc -parce que j’adore donner mon avis- en tant que centriste, je vais couper la poire en deux.

    Comme tu l’as dit, l’analyse du mécanisme de définition de leur contenu par les médias ne relève pas de la compétence de ce cher psychologue social. Néanmoins je pense que Marc a raison de soulever cet aspect majeur, consubstantiel, en tant que cause, à la logique mercantile des sources d’information; cause de l’apathie du débat.

    Cependant, pour prendre le problème sous un autre angle, je pense plutôt qu’au lieu de « traiter de la sélection de l’information émise, plutôt que du stockage et de la restitution de l’information reçue » il faudrait traiter de la manière dont cette information est émise.

    En effet, si en plus, de mettre un avis d’expert, les médias concluaient par une série de questions ou portaient à la connaissance des lecteurs des avis contradictoires d’autres « experts » (des avis contradictoires portant sur le fond du problème pas sur des épiphénomènes), et bien le débat surgirait plus aisément.
    Si celui-ci émerge alors même que les sujets traités sont choisis dans une logique intéressée alors ce pourrait entrainer un cercle vertueux d’ouverture vers d’autres sujets.
    En effet comme le démontre l’auteur de l’article, les gens n’ont pas tous a priori, l’ensemble des éléments de réponse à une question ou à des questions pourtant essentielles (ex: les droits de l’homme ou la démocratie). D’autre part, on le sait, un débat a la manie heureuse de dévier sur d’autres sujets. D’où nouveau débat, d’où traitement de sujets nouveaux puisque désormais intéressant le public.

    Enfin, avec l’accroissement des débats et leur diversité les médias seront obligés de relever le niveau à peine de ne plus satisfaire la demande des lecteurs assoiffés d’avis nouveaux, pointus et argumentés.

    C’est peut-être un mécanisme utopique mais il me semble tenir la route.

  8. Jeanfou permalink
    septembre 12, 2007 10:38

    Je suis d’accord avec toi sur le fond mais je crois aussi que c’est un peu utopique.
    Il est tellement doux et rassurant de tenir des certitudes dans les mains qu’il pourrait être délétère pour un magazine/quotidien de bousculer trop hardiement une croyance en laquelle un individu croit ardemment…Donc je crois que ce n’est pas demain la veille que l’on verra de telles choses…
    Même un canard comme le Monde Diplomatique ne le fait pas alors que ces lecteurs sont sensés être des gens en quête d’approfondissement…

  9. Poncho permalink
    septembre 13, 2007 7:52

    en ce qui concerne le monde diplomatique, étant une publication très orientée, je pense que son lectorat ne cherche pas plus qu’un autre à entendre des voix dissidentes. car ce sont bien ces divergences qui permettent un complet approfondissement du traitement d’un sujet.

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