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Platon, le mec qui a écrit 1984 avant 1948

janvier 18, 2008

Voici un extrait de la République de Platon dans lequel le philosophe nous explique la nécessité de construire des mythes pour gouverner un peuple…Those who control the past, control the future dira le brave George Orwell quelques deux millénaires plus tard…

Mais nous devons aussi faire grand cas de la vérité. Car si nous avions raison tout à l’heure, si réellement le mensonge est inutile aux dieux, mais utile aux hommes sous forme de remède, il est évident que l’emploi d’un tel remède doit être réservé aux médecins, et que les profanes n’y doivent point toucher.

C’est évident, dit-il.

Et s’il appartient à d’autres de mentir, c’est aux chefs de la cité, pour tromper, dans l’intérêt de la cité, les ennemis ou les citoyens ; à toute autre personne le mensonge 389c est interdit, et nous affirmerons que le particulier qui ment aux chefs commet une faute de même nature, mais plus grande, que le malade qui ne dit pas la vérité au médecin, que l’élève qui cache au pedotribe ses dispositions physiques, ou que le matelot qui trompe le pilote sur l’état du vaisseau et de l’équipage en ne l’informant pas de ce qu’il fait, lui ou l’un de ses camarades.


[…]


Maintenant, repris-je, quel moyen aurons-nous de faire croire quelque noble mensonge – l’un de ceux que nous avons qualifiés tantôt de nécessaires – principalement 414c aux chefs eux-mêmes, et, sinon, aux autres citoyens ?

Quel mensonge ? s’enquit-il

.
Un qui n’est point nouveau, mais d’origine phénicienne , répondis-je ; il concerne une chose qui s’est déjà passée en maints endroits, comme les poètes le disent et l’ont fait croire, mais qui n’est point arrivée de nos jours, qui peut-être n’arrivera jamais, et qui, pour qu’on l’admette, demande beaucoup d’éloquence persuasive.


Comme tu parais hésiter à parler !

Tu verras, quand j’aurai parlé, que j’ai bien raison d’hésiter.

Mais parle et ne crains point.


414d
Je vais donc le faire – quoique je ne sache de quelle audace et de quelles expressions j’userai pour cela – et j’essaierai de persuader d’abord aux chefs et aux soldats, ensuite aux autres citoyens, que tout ce que nous leur avons appris en les élevant et les instruisant, tout ce dont ils croyaient avoir le sentiment et l’expérience, n’était, pour ainsi dire, que songe; qu’en réalité ils étaient alors formés et élevés au sein de la terre , eux, leurs 414e armes et tout ce qui leur appartient ; qu’après les avoir entièrement formés la terre, leur mère, les a mis au jour; que, dès lors, ils doivent regarder la contrée qu’ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre qui l’attaquerait, et traiter les autres citoyens en frères, en fils de la terre comme eux.

Ce n’est point sans raison que tu éprouvais de la honte à dire ce mensonge ! 415

Oui, avouai-je, j’avais de fort bonnes raisons ; mais écoute néanmoins le reste de la fable : « Vous êtes tous frères dans la cité, leur dirons-nous, continuant cette fiction ; mais le dieu qui vous a formés a fait entrer de l’or dans la composition de ceux d’entre vous qui sont capables de commander : aussi sont-ils les plus précieux. Il a mêlé de l’argent dans la composition des auxiliaires ; du fer et de l’airain dans celle des laboureurs et des autres artisans. Pour l’ordinaire, vous engendrerez des enfants semblables à vous-mêmes ; mais comme vous êtes tous 415b parents, il peut arriver que de l’or naisse un rejeton d’argent, de l’argent un rejeton d’or, et que les mêmes transmutations se produisent entre les autres métaux. Aussi, avant tout et surtout, le dieu ordonne-t-il aux magistrats de surveiller attentivement les enfants, de prendre bien garde au métal qui se trouve mêlé à leur âme, et si leurs propres fils ont quelque mélange d’airain 415c ou de fer, d’être sans pitié pour eux, et de leur accorder le genre d’honneur dû à leur nature en les reléguant dans la classe des artisans et des laboureurs ; mais si de ces derniers naît un enfant dont l’âme contienne de l’or ou de l’argent, le dieu veut qu’on l’honore en l’élevant soit au rang de gardien, soit à celui d’auxiliaire, parce qu’un oracle affirme que la cité périra quand elle sera gardée par le fer ou par l’airain. »

Sais-tu quelque moyen de faire croire cette fable ?

Aucun, répondit-il, du moins pour les hommes dont tu parles; mais on pourra la faire croire à leurs fils, à leurs 415d descendants, et aux générations suivantes .

Et cela sera bien propre à leur inspirer plus de dévouement pour la cité et leurs concitoyens, car je crois comprendre ce que tu veux dire.

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