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Principes et conséquences : Kant, Machiavel et l’affaire Dreyfus

avril 6, 2008

Il n’y a pas une semaine de ça j’ai connu une mini-révélation. Une question fondamentale qui m’échappait depuis bientôt 26ans a bien voulu cesser de se dérober pour se poser à moi en des termes simples et généraux. Un tel évènement mérite bien, vous en conviendrez, un peu d’emphase, je vais donc à la ligne et je centre :

« Sont ce nos principes ou les conséquences de nos actes qui se doivent de guider nos actions ? »

Oui, j’ai sans doute au minimum deux millénaires de retard dans mes questionnements…Une adolescence à écouter Metallica ne pouvait pas me laisser indemne de quelques retards…Je ne prétends donc pas écrire quelque chose de particulièrement profond étant donné que nombre de philosophe ont du faire chauffer leurs puissantes et divines caboches sur cette question. A ce que j’en comprends (en super béotien) nous avons dans l’angle droit du ring Kant-les-principes-d’abord, alors que dans l’angle gauche attend Machiavel-la-fin-justifie-les-moyens.

La position de Kant se résume par le fameux impératif catégorique « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne universelle ». Ceci implique une soumission totale aux principes quelques en soient les conséquences, dussent elles coûter la vie d’être chers.

Mise en situation pédagogique :

Vous avez choisi comme principe de ne pas mentir et un assassin se présente à votre domicile en ces termes.

« – Bonjour ! Je suis un assassin !

-Bonjour monsieur.

-Je cherche votre fils pour le tuer après lui avoir présenté un spectacle atroce. Je compte en effet bruler une par une ses figurines « Chevaliers du Zodiac » devant ses petits yeux. Vous pourriez m’indiquer le chemin qui mène à sa chambre ? »

« – Bien sur, c’est au premier deuxième porte à droite ».

Vous l’aurez compris tout seul, malins que vous êtes, dans la même situation Machiavel aurait répondu « Il est parti vivre chez ses grands parents dans le Kurdistan Oriental, si vous voulez je vous donne l’adresse ! ».

Jusqu’il y a très peu de temps je me disais « réaliste » et prônait donc un certain machiavélisme. Je tenais cette position en politique notamment ce qui me conduisait à me prononcer pour une forme d’élite éclairée qui n’était pas sans rappeler le modèle platonicien des philosophes rois.

Imaginez deux personnages, Siegfried agit strictement selon ses principes, sans jamais les faire fléchir sous le poids de la contingence alors que Roger est lui guidé par la conséquence de ses actes…Mon avis est que la réussite sociale de Roger est bien plus probable (malgré son prénom difficile à porter). Cette situation est non sans évoquer Justine et Juliette les deux sœurs mises en scènes par Sade l’une est entièrement dévouée à la vertu tandis que la seconde ne recul devant aucun vice pourvu qu’il puisse lui être utile…Devinez laquelle des deux sœur fini dans les hautes sphères de la société ?

Le pro-conséquentialisme qui était le mien oubliait au moins une donnée fondamentale : nous sommes aveugles face à la conséquence de nos actes. L’affaire Dreyfus est, à ce titre, un très bon exemple (si j’ai bien compris ce que j’ai lu). D’après Michel Winock, dans son bouquin Le Siècle des Intellectuels, certains antidreyfusards invoquaient un argument défendable du point de vue conséquentialiste, à savoir : « même si Dreyfus est innocent, il ne faudrait pas remettre en question une décision prise par une institution de l’Etat au risque d’affaiblir celui-ci »…Même si, comme moi, vous avez tendance à croire que cet argument n’est que la rationalisation d’un antisémitisme viscéral, avouer qu’il y a une idée… Que vaut la vie d’un homme face à celle d’une nation… ?

Le camp des dreyfusards a cependant gagné et Dreyfus s’est vu réintégré dans l’armée (ce qui lui vaudra de mourir lors de la première guerre mondiale…). Ajoutons que cette décision de justice à sans doute participer à une diabolisation de l’antisémitisme en France, ce qui a peut être évité à la France de voir naître le nazisme en son sein…

Bref, à quoi bon penser en termes de conséquences si nous ne sommes pas capables de prévoir les conséquences de nos décisions ?

2 commentaires leave one →
  1. avril 7, 2008 2:20

    Tu poses la question de l’appréhension des conséquences en termes de rationalité ? Si oui, tu sais où je veux en venir😀

    Partant de là, j’ai le sentiment que tu te biaises le raisonnement concernant la prise de décision parce que tu pars du fondement de l’action (le principe / l’utilité).

    Une manière de répondre à ta question est de basculer vers un questionnement en termes d’objectifs (le bon Herbert et le gentil William diraient « téléologiques ») : la question s’exprime alors dans la comparaison entre une situation désirée et une situation perçue.

    Si je suis bien ton raisonnement, tu opposes « action à partir des principes » et « action à partir de l’utilité » à partir justement d’un ratio de maximisation de l’utilité. Le monsieur qui accueille l’assassin et qui agit pour des principes calcule : « la douleur de perdre son enfant » divisée par « le plaisir que lui procure le fait d’obéir à des principes » ; si ce ratio est inférieur à un, il agit selon ses principes (je te passe la partie « il détermine ses préférences sous conditions de rationalité limitée etc »).

    Sauf que vu comme ça, « agir en fonction de principes » est précisément le contraire de l’action; c’est subir le choix de respecter des principes. Idem pour l’autre truc.

    Bon bref.
    Et si on disait simplement qu’agir « en tenant compte des conséquences » n’était qu’un principe de plus et que finalement, ce qui nous enferme le plus c’est qu’on aime bien être cohérents, parce qu’on est rationnels sur notre propre échelle cognitive et que du coup on est un peu cons ?

    J’ai une métaphore sur les principes et les cathédrales si tu veux aussi.

    \o/

  2. Jeanfou permalink
    avril 7, 2008 8:11

    Non, quand je dis agir selon ses principes c’est sans tenir compte des conséquences du tout… donc pas de calcul de ratio ‘n stuff.

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