Skip to content

Chronique d’un été – Jean Rouch et Edgar Morin

juin 11, 2009
Marceline arrête des passants dans les rues de Paris et, micro en main, leur demande : êtes-vous heureux ? Qu’est-ce que ça peut vous f…, tranche un homme pressé. Un garçon en culottes courtes s’enfuit. Une dame pèse le pour et le contre… Les questions-réponses s’enchaînent et l’on entre de plain-pied dans la France de 1960, cette France que le cinéaste Jean Rouch et le sociologue Edgar Morin entreprennent de sonder. Le ton est badin, léger. Il le redevient à la fin du film, sur les plages de Saint-Trop’, en compagnie d’une sosie de Brigitte Bardot. Entre les deux, on passe des images en extérieur aux entretiens en intérieur. Jean-Pierre, Angelo, Marie-Lou ont entre 20 et 40 ans. Ils parlent de leur travail, de leurs amours, de la manière dont ils voient leur vie. Bientôt s’installe le sentiment d’un profond mal-être. C’est l’éternel recommencement du travail pour Angelo, ouvrier chez Renault. Ce sont les illusions perdues, pour cet homme mûr, ancien militant du PCF. Ce sont les déceptions amoureuses, pour ces jeunes hommes et femmes qui, déjà, s’adonnent aux joies et aux détresses de l’amour libre. Le film réussit une gageure. Il véhicule des paroles qui semblent étrangement familières au spectateur d’aujourd’hui. C’est en même temps une époque qui prend corps, les années d’avant 1968, et les quatre décennies qui nous en séparent. Ce film, raconte E. Morin, est parti du désir qu’il avait de montrer comment les Français se « dépatouillaient » avec leur vie. Le sociologue avait du flair ? ils avaient beaucoup à dire. Mais cette œuvre de « cinéma-vérité » traverse les années par la grâce du cinéma de J. Rouch. Celui-ci avait à son actif une quinzaine de films documentaires, dont certains ont marqué et l’époque et notre mémoire de l’Afrique coloniale : Les Maîtres fous (1954) ou Moi, un Noir (1958). Dans Chronique d’un été, J. Rouch devance bien des audaces de la Nouvelle Vague ? caméra-épaule, son en prise directe. Dans une scène époustouflante, Marceline traverse la place de la Concorde et marche jusqu’aux anciennes Halles de Paris, en évoquant la mémoire de son père, déporté comme elle dans un camp de la mort. Elle parle à un micro invisible, elle se parle à elle-même, dans le bruissement de la ville. Le « cinéma-vérité, dit J. Rouch, est fait de mensonges (qui), par un hasard singulier, sont plus vrais que la vérité ».

Xavier de la Vega

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :